Céréales à paille : ce que révèle la recherche pour adapter les variétés au changement climatique

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Le climat change, et les céréales à paille doivent suivre. Le vrai sujet n’est plus de savoir si il faut adapter les variétés, mais comment le faire vite, sans perdre en qualité ni en stabilité. À Clermont-Ferrand, la recherche avance avec une idée simple et très concrète. Il faut imaginer les champs de 2050, dès maintenant.

Pourquoi les céréales à paille sont au cœur du problème

Blé, orge, avoine, triticale. Ces cultures nourrissent l’alimentation humaine et animale. Elles occupent une place énorme dans les paysages agricoles. Mais elles sont aussi très sensibles à la chaleur, au manque d’eau et aux à-coups du printemps.

Jérôme Salse, chercheur à l’Inrae, le dit clairement. Le changement climatique n’est plus une hypothèse. C’est un fait. La question devient donc très pratique. Quelles variétés pourront encore produire correctement dans la plaine de Limagne en 2050 ?

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Un trésor génétique pour préparer l’avenir

Pour répondre à cette question, les chercheurs s’appuient d’abord sur une immense collection de graines. Au Crouel, près de Clermont-Ferrand, le centre de ressources biologiques conserve 27 500 lignées de céréales à paille. On parle aussi d’accessions. Ce mot un peu technique cache en réalité une richesse précieuse. Chaque lignée peut porter un trait utile, parfois discret, mais essentiel.

Sabine Martin, qui gère ce centre, résume l’enjeu avec simplicité. Il faut conserver des ressources génétiques de qualité et les rendre disponibles aux scientifiques, aux agriculteurs et même aux particuliers. C’est un travail de fond, presque invisible. Pourtant, sans cette réserve, il serait bien plus difficile de sélectionner des plantes capables de résister aux nouvelles conditions météo.

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Comment ces graines sont conservées et multipliées

Conserver ne suffit pas. Il faut aussi multiplier les graines pour qu’elles restent vivantes et utilisables. Les techniciens du centre font ce travail en champ et en tunnel, sur plusieurs lignes. Au total, 1 800 accessions sont multipliées chaque année. C’est un rythme soutenu, mais nécessaire.

Chaque lignée existe sous trois formes de lots. L’un d’eux est obtenu en autofécondation pour garantir la pureté de la semence. Chaque lot contient 100 grains. Et pour plus de sécurité, un double est gardé au congélateur dans un autre bâtiment. Ce détail peut sembler banal. En réalité, il protège une partie du patrimoine agricole contre les accidents, les pannes ou les imprévus.

Des lots envoyés à des chercheurs, des semenciers et des agriculteurs

Chaque année, le centre met à disposition en moyenne 4 400 lots. Les demandes viennent surtout de chercheurs. Ils cherchent des accessions à tester selon leurs besoins. Souvent, ils commencent par une analyse des données génétiques pour repérer les lignées les plus intéressantes. C’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin, mais avec des outils scientifiques.

Les autres demandes viennent d’entreprises privées, de semenciers, mais aussi de citoyens et d’agriculteurs. Ce point est important. La recherche ne reste pas enfermée dans les laboratoires. Elle circule. Elle peut un jour aider une ferme, un programme de sélection ou même un jardinier curieux.

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Simuler la pluie absente pour voir ce qui résiste

Conserver les graines, c’est une chose. Les tester dans des conditions réalistes, c’en est une autre. À Clermont-Ferrand, l’Inrae utilise aussi une plateforme de phénotypage appelée Phéno3C. C’est une parcelle de 4 hectares équipée d’abris mobiles. Quand il pleut, ces structures peuvent couvrir les cultures et les priver d’eau. Le but est simple et un peu brutal. Reproduire le stress hydrique du futur.

Parfois, les chercheurs vont très loin. Ils peuvent empêcher toute pluie du printemps jusqu’à la récolte. En face, une parcelle témoin pousse normalement. Les deux champs sont ensuite comparés. C’est là que les différences apparaissent. Certaines plantes tiennent mieux. D’autres souffrent vite. Et c’est précisément ce tri qui intéresse les chercheurs.

Ce que les chercheurs observent sur les plantes

Les équipes ne regardent pas seulement si la plante survit. Elles notent aussi sa hauteur, sa couverture du sol, la taille de ses feuilles, ou encore la date à laquelle elle passe d’un stade de croissance à un autre. Ces détails comptent beaucoup. Une variété peut paraître solide au premier coup d’œil, puis montrer ses limites dès que l’eau manque.

Le but n’est pas seulement d’avoir des plantes plus productives. Il s’agit aussi d’obtenir des cultures plus régulières d’une année sur l’autre. Et cela change tout pour un agriculteur. Une récolte très forte une année, puis très faible la suivante, complique la gestion, les ventes et les choix techniques.

Un robot pour mesurer plus vite et plus juste

Pour gagner du temps, l’équipe utilise aussi la PhénoMobile, un robot autonome qui circule sur la parcelle. Grâce à l’imagerie, il mesure la température du couvert et différents indices de stress. C’est ce qu’on appelle le phénotypage de haut débit. En clair, on collecte beaucoup de données, rapidement, avec moins de biais humains.

Le robot fonctionne à partir d’un plan de semis modélisé sur ordinateur avec des données GPS. Cela permet de relier chaque mesure à la bonne plante, sans confusion. C’est très technique, bien sûr. Mais au fond, l’idée est simple. Mieux observer pour mieux choisir.

Ce que cela change déjà pour demain

Les études menées aujourd’hui ne cherchent pas seulement à faire grimper les rendements en période de sécheresse. Elles visent surtout à réduire les variations de récolte entre les années. C’est peut-être moins spectaculaire sur le papier. En pratique, c’est souvent ce qui compte le plus.

Face au changement climatique, la stabilité devient une force. Une variété qui produit un peu moins mais plus régulièrement peut parfois valoir bien plus qu’une variété très performante seulement dans les bonnes années. Voilà pourquoi la recherche avance par étapes, avec patience, données et essais de terrain.

Pourquoi cette recherche concerne aussi le grand public

Cette question touche tout le monde, pas seulement les agriculteurs. Le prix du pain, l’alimentation animale, la disponibilité de certaines matières premières, tout cela dépend aussi de la résistance des céréales. Quand une culture tient mieux face à la sécheresse, c’est toute la chaîne qui gagne en sécurité.

Il y a aussi quelque chose de rassurant dans cette recherche. Elle montre qu’on ne subit pas totalement le climat. On peut observer, tester, comparer, sélectionner. Ce n’est pas magique. Mais c’est concret. Et dans un monde qui se réchauffe, ce genre de travail devient essentiel.

Caroline Valette
Caroline Valette

Je suis journaliste culinaire et autrice gourmande, formée à l’Institut Paul Bocuse après un master en histoire de l’alimentation à l’Université de Lyon 2. J’ai travaillé plus de dix ans entre restaurants bistronomiques et maisons d’édition dédiées à la cuisine régionale. Installée à Dijon depuis 2015, je me spécialise dans les produits bourguignons, les accords mets-vins et les récits de voyages gastronomiques en Europe. J’aime aussi explorer le lien entre cuisine et art de vivre à la maison au fil des saisons. J’écris pour partager des expériences sincères, des adresses éprouvées et une gastronomie accessible mais exigeante.

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